Il y a un moment, dans un projet de restaurant, où l'on cesse de compter en chiffre d'affaires pour compter en revenu personnel. C'est souvent tard, une fois le prévisionnel bouclé et le rendez-vous bancaire fixé. Et c'est là qu'apparaît une ligne dont personne n'avait parlé : la retraite du dirigeant, sa prévoyance, ce que le nouveau régime social couvre réellement une fois qu'on a quitté le salariat.
La question revient presque toujours sous la même forme : « on m'a parlé d'un contrat Madelin, est-ce que je dois en ouvrir un ? ». La réponse tient en une ligne et elle surprend : le Madelin retraite n'est plus souscriptible depuis le 1er octobre 2020. La loi PACTE du 22 mai 2019 lui a substitué le plan d'épargne retraite. Si vous ouvrez votre restaurant en 2026, vous ne pouvez pas ouvrir de Madelin. Vous ouvrirez un PER, dont les règles de déduction sont proches mais pas identiques.
Cet article traite trois choses dans l'ordre où elles se posent. D'abord ce que votre régime de travailleur non salarié couvre vraiment, cotisation par cotisation, parce qu'on ne comble pas un trou dont on ignore la taille. Ensuite le PER individuel : le plafond de déduction pour un TNS en 2026, le calcul sur votre propre bénéfice, l'économie d'impôt réelle et les conditions de sortie. Enfin la prévoyance, qui est le sujet le plus urgent des trois premières années, ainsi que le sort d'un contrat Madelin déjà détenu.
TNS : travailleur non salarié. Statut du gérant majoritaire de SARL ou d'EURL, affilié à la Sécurité sociale des indépendants plutôt qu'au régime général.
PASS : plafond annuel de la Sécurité sociale. Il sert de référence à la quasi-totalité des calculs de cotisations et de plafonds de déduction. Il s'établit à 48 060 € en 2026, contre 47 100 € en 2025.
PER individuel : plan d'épargne retraite ouvert à titre personnel, successeur du contrat Madelin retraite pour les indépendants.
Tranche marginale : le taux d'impôt appliqué à la dernière tranche de vos revenus. 11 %, 30 % ou 41 % selon votre niveau. Votre avis d'imposition l'indique noir sur blanc. C'est ce taux qui détermine ce qu'une déduction vous fait réellement gagner.
Rente viagère : un versement régulier jusqu'à la fin de votre vie, par opposition au capital que vous récupérez en une fois et dont vous faites ce que vous voulez.
- Ce que vous payez déjà en retraite et en prévoyance obligatoires, avec les taux 2026.
- Où se situe précisément le trou de couverture, entre l'arrêt de travail et la pension.
- Le plafond de déduction du PER pour un TNS, avec le calcul sur trois niveaux de bénéfice.
- L'économie d'impôt réelle, qui dépend de votre tranche marginale et non du montant versé.
- Ce que devient un contrat Madelin déjà ouvert : le garder, l'alimenter ou le transférer.
Ce que le régime TNS couvre et ce qu'il ne couvre pas
Avant de parler d'épargne volontaire, il faut regarder ce qui est déjà prélevé et ce que cela achète. Le régime des indépendants n'est pas une absence de couverture : c'est une couverture réelle mais taillée plus court que celle d'un cadre du privé, sur trois points précis.
Vous cotisez déjà pour votre retraite, plus que vous ne le croyez
Le premier réflexe, quand on découvre le statut de travailleur non salarié, consiste à penser qu'il n'y a « rien » et qu'il faut tout construire soi-même. C'est faux. Le gérant majoritaire cotise obligatoirement à une retraite de base, à une retraite complémentaire et à un régime invalidité-décès. Ces trois cotisations sont prélevées d'office sur le revenu professionnel, exactement comme les cotisations maladie.
La retraite complémentaire des indépendants est celle qu'on oublie le plus souvent. Elle n'a rien d'optionnel. En 2026 son taux s'établit ainsi :
8,1 % sur la part de revenu professionnel inférieure ou égale à 48 060 €.
9,1 % sur la part comprise entre 48 060 € et 192 240 €, soit entre un et quatre plafonds annuels de la Sécurité sociale.
À côté, la cotisation invalidité-décès s'élève à 1,30 %, prélevée uniquement dans la limite d'un plafond annuel de la Sécurité sociale. Au-delà de 48 060 € de revenu, elle ne s'applique plus. Ce détail a une conséquence directe : la couverture invalidité obligatoire d'un dirigeant qui se rémunère 80 000 € n'est pas proportionnellement meilleure que celle d'un dirigeant à 48 000 €, alors que son train de vie l'est.
Sur un revenu professionnel de 45 000 €, ces deux lignes représentent déjà près de 4 200 € par an de cotisations affectées à la retraite complémentaire et à la prévoyance obligatoire. Ce n'est pas un détail dans un prévisionnel de restaurant, où la rémunération du dirigeant pèse souvent autant qu'un salaire de chef de partie. Le détail complet du calcul de ces cotisations est traité dans l'article sur les charges sociales du dirigeant, qui compare le régime TNS et le régime assimilé salarié.
Retenez le principe : le socle existe. La question n'est donc pas « faut-il cotiser » mais « ce socle suffit-il ». Et pour y répondre il faut regarder trois moments distincts : l'arrêt de travail, l'invalidité et la retraite elle-même.
L'arrêt de travail : trois jours à votre charge, puis une indemnité modeste
Un dirigeant de restaurant travaille debout, porte des charges, manipule des lames et de l'huile chaude. Le risque d'arrêt n'est pas théorique. Il est même statistiquement plus élevé que dans le métier que la plupart des porteurs quittaient auparavant.
Le gérant majoritaire affilié à la Sécurité sociale des indépendants bénéficie bien d'indemnités journalières en cas d'arrêt maladie. La règle est claire : trois jours de carence, avec un versement à partir du quatrième jour. Ces trois jours sont intégralement à votre charge et pour un restaurant de moins de cinq salariés ils s'accompagnent souvent d'un coût de remplacement immédiat.
Le vrai sujet n'est pourtant pas la carence. C'est le montant. L'indemnité journalière des indépendants se calcule sur une moyenne de revenus professionnels des dernières années et elle est plafonnée. Pour un dirigeant qui vient d'ouvrir, cette moyenne est mécaniquement basse : les premiers exercices d'un restaurant dégagent rarement un revenu élevé et l'indemnité qui en découle se calcule sur cette base modeste. Autrement dit, la protection est la plus faible au moment exact où l'entreprise est la plus fragile.
Comparez avec la situation d'un cadre salarié. Trois jours de carence également, mais très souvent maintenus par la convention collective ou l'accord d'entreprise, puis un complément employeur qui porte l'indemnisation près du salaire net pendant plusieurs semaines. Ce maintien n'existe pas quand on est son propre employeur.
Il faut donc chiffrer une question désagréable avant l'ouverture : si vous êtes arrêté six semaines au troisième mois d'exploitation, avec quoi vivez-vous et avec quoi le restaurant tourne-t-il ? La réponse conditionne le niveau de prévoyance à souscrire, sujet traité en troisième partie. Elle conditionne aussi le matelas de trésorerie à prévoir, que l'article sur le besoin en fonds de roulement détaille poste par poste.
La retraite : un socle réel, mais construit sur des revenus qui démarrent bas
En cherchant un peu, vous tomberez sur des comparaisons frappantes : un indépendant toucherait 35 % de son ancien revenu à la retraite, quand un cadre en toucherait 70 %. Prenez ces chiffres avec précaution. Ils circulent beaucoup, mais aucune statistique publique récente ne les établit pour les artisans et commerçants. Les avancer devant un banquier ou en faire la base d'une décision vous expose à être contredit.
Ce qui est documenté est plus sobre et suffit largement à trancher. La pension mensuelle moyenne de droit direct des anciens artisans et commerçants s'établissait à 1 230 € bruts selon les données Insee issues de la DREES portant sur la fin 2020. Ce montant recouvre des carrières très diverses, souvent incomplètes ou mixtes et il ne doit pas être lu comme une prévision individuelle. Il donne néanmoins l'ordre de grandeur du régime.
Le mécanisme, lui, vaut la peine d'être compris, parce qu'il dit exactement sur quoi vous pouvez agir. Votre retraite de base se calcule sur la moyenne de vos revenus des meilleures années, avec un taux qui monte jusqu'à 50 % si vous avez tous vos trimestres. Votre retraite complémentaire s'y ajoute sous forme de points, que vos cotisations achètent au fil des ans. En clair : plus le revenu que vous déclarez est élevé, plus vous accumulez de droits. Deux conséquences en découlent pour quelqu'un qui ouvre un restaurant après une carrière salariée.
La première tient au niveau de revenu déclaré. Un dirigeant qui se rémunère peu pour préserver la trésorerie de son restaurant acquiert peu de droits. C'est arithmétique et cela ne se rattrape pas rétroactivement. La seconde tient à la durée. Quelqu'un qui bascule dans l'indépendance à 50 ans conserve derrière lui vingt-cinq ans de cotisations au régime général et à l'Agirc-Arrco, qui resteront acquises. Sa pension finale sera un assemblage des deux régimes et non une pension d'indépendant pure.
C'est précisément ce qui rend le sujet moins alarmant qu'on ne le présente parfois, mais qui déplace la question : ce n'est pas « ma retraite d'indépendant sera-t-elle faible », c'est « combien d'années vais-je passer à acquérir peu de droits et qu'est-ce que je mets en face ».
Pourquoi ce trou n'apparaît jamais dans un prévisionnel
Il existe une raison structurelle à l'absence de ce sujet dans les business plans de restaurant que je relis. Le prévisionnel raisonne en charges d'exploitation. Or les versements sur un PER individuel ne sont pas une charge de l'entreprise : ce sont des versements personnels du dirigeant, déductibles de son revenu imposable. Ils n'apparaissent donc ni dans le compte de résultat ni dans le calcul de l'excédent brut d'exploitation.
Le résultat est un angle mort assez classique. Le dirigeant fixe sa rémunération au niveau minimum qui lui permet de vivre, valide son prévisionnel, ouvre son restaurant, puis découvre deux ans plus tard qu'il n'a mis en place ni retraite complémentaire volontaire ni prévoyance, parce que le budget qu'il s'était fixé ne les contenait pas.
La correction est méthodique. La rémunération du dirigeant à inscrire dans le prévisionnel ne doit pas être le revenu dont il a besoin pour vivre, mais ce revenu augmenté de trois choses :
- Les cotisations sociales obligatoires afférentes à cette rémunération, qui ne sont pas retenues à la source comme pour un salarié.
- Le budget de prévoyance, qui protège le revenu lui-même en cas d'arrêt.
- Le budget d'épargne retraite volontaire, si vous décidez d'en ouvrir un dès le départ.
L'ordre de grandeur mérite d'être posé tôt. Pour un dirigeant qui vise 2 500 € nets mensuels, l'ajout d'une prévoyance correcte et d'un versement PER modeste représente couramment 200 à 400 € par mois supplémentaires, soit 2 400 à 4 800 € par an à absorber par l'exploitation. Sur un restaurant qui dégage un excédent brut d'exploitation de 40 000 €, cela reste tenable. Sur un projet dont l'EBE prévisionnel plafonne à 15 000 €, cela change la lecture du dossier, comme le montre l'article consacré à l'excédent brut d'exploitation.
Mieux vaut le découvrir en construisant le prévisionnel qu'au premier avis d'imposition.
Le PER individuel : plafond de déduction et arbitrage
Le PER individuel est l'outil que la loi met à disposition d'un TNS pour compléter sa retraite en déduisant ses versements. Son intérêt réel se mesure au croisement de deux chiffres : le plafond déductible et votre tranche marginale d'imposition.
Ce qu'est le PER et pourquoi il a remplacé le Madelin
La loi PACTE du 22 mai 2019 a rassemblé sous un même nom des dispositifs jusque-là éclatés : le Madelin pour les indépendants, le PERP pour les particuliers, l'article 83 et le PERCO pour les salariés. Depuis le 1er octobre 2020, ces produits ne sont plus commercialisés. Le plan d'épargne retraite les remplace tous.
Le PER range l'argent dans trois poches séparées, qui n'obéissent pas aux mêmes règles. Une seule vous concerne : celle des versements que vous faites vous-même, sur votre argent personnel. Les deux autres reçoivent l'épargne salariale et les versements d'un employeur, ce qui ne s'applique pas à un gérant majoritaire. Quand un conseiller vous parlera de « compartiments », c'est de cela qu'il s'agira.
Deux changements par rapport au Madelin méritent d'être connus, car ce sont eux qui rendent le remplacement favorable au restaurateur.
Le premier concerne l'obligation de versement. Un contrat Madelin imposait une cotisation annuelle minimale, avec une régularité contractuelle contraignante. Un exercice difficile obligeait à verser quand même. Le PER individuel ne comporte aucune obligation de versement. Vous versez ce que vous voulez, quand vous le voulez ou rien du tout. Pour une activité dont le résultat varie fortement d'un exercice à l'autre, c'est un changement de nature.
Le second concerne la sortie. Le Madelin imposait une sortie en rente viagère, c'est-à-dire un versement régulier jusqu'à la fin de votre vie sans jamais toucher le capital. Les exceptions étaient étroites. Le PER autorise la sortie en capital, en rente ou en combinant les deux lorsque le contrat le prévoit. Pour un dirigeant qui envisage de céder son restaurant et de disposer d'un capital au moment du départ, la différence est considérable.
Le mot Madelin continue de circuler dans les conversations de restaurateurs et chez certains courtiers, parce que le stock de contrats existants reste important. Mais pour quelqu'un qui s'installe aujourd'hui, la seule question utile porte sur le PER.
Le plafond de déduction d'un TNS et son calcul exact
C'est le chiffre à savoir poser sur son propre bénéfice. Il est plus abordable qu'il n'en a l'air. Voici la recette, avant la règle officielle.
Vous prenez 10 % de votre bénéfice. Si ce bénéfice dépasse 48 060 €, vous ajoutez 15 % de ce qui dépasse. Le total est ce que vous pouvez verser sur un PER en le retirant de votre revenu imposable. Et quel que soit votre résultat, même mauvais, vous avez droit à 4 806 € au minimum.
La règle officielle dit exactement la même chose, dans la langue du code des impôts. Elle figure à l'article 154 bis, qui accorde aux indépendants un plafond nettement plus large qu'aux salariés. Elle combine deux termes qui s'additionnent :
10 % du bénéfice imposable, ce bénéfice étant retenu dans la limite de 8 plafonds annuels de la Sécurité sociale.
+ 15 % de la fraction du bénéfice imposable comprise entre 1 et 8 plafonds annuels de la Sécurité sociale.
Avec un plafond annuel de la Sécurité sociale fixé à 48 060 € pour 2026, les bornes deviennent les suivantes. Le plancher, dont bénéficie tout TNS quel que soit son résultat, s'établit à 10 % du plafond soit 4 806 €. Le plafond maximal, atteint à partir de 384 480 € de bénéfice, s'établit à 88 911 €.
Le calcul devient concret sur trois niveaux de bénéfice représentatifs d'un restaurant indépendant.
Bénéfice de 30 000 € : 10 % donnent 3 000 €, en dessous du plancher. Le droit à déduction est donc de 4 806 €.
Bénéfice de 45 000 € : 10 % donnent 4 500 €, toujours sous le plancher et le bénéfice n'atteint pas un plafond annuel donc la seconde tranche est nulle. Le droit reste de 4 806 €.
Bénéfice de 70 000 € : 10 % donnent 7 000 €, auxquels s'ajoutent 15 % de la fraction au-delà de 48 060 €, soit 15 % de 21 940 € égale 3 291 €. Le droit atteint 10 291 €.
Deux enseignements en découlent. Le plancher de 4 806 € protège les premiers exercices : même un restaurant qui dégage un bénéfice modeste ouvre un droit à déduction substantiel. Et l'effet de levier se déclenche franchement au-delà d'un plafond annuel de la Sécurité sociale, grâce à la tranche à 15 %. Un dirigeant dont le résultat franchit ce seuil voit son droit à déduction progresser deux fois et demie plus vite que son bénéfice.
Un mot si votre restaurant est à l'impôt sur les sociétés, ce qui est le cas le plus courant. Le calcul ne porte alors pas sur le résultat de la société mais sur votre rémunération de dirigeant. La différence n'est pas mince, elle change le montant du tout au tout. La question à poser à votre expert-comptable tient en une phrase : sur quel montant se calcule mon plafond cette année ? Posez-la avant de décider d'un versement, pas après.
L'économie d'impôt réelle dépend de votre tranche, pas de votre versement
Voici l'erreur de raisonnement la plus fréquente sur ce produit. On entend « le PER est déductible » puis on en conclut que verser 10 000 € revient à économiser 10 000 €. Ce n'est pas ce que fait la déduction. Elle retire le versement de votre revenu imposable. Vous économisez donc l'impôt que ce revenu aurait supporté. Ce que vous gagnez dépend alors entièrement de votre tranche marginale, ce taux de 11 %, 30 % ou 41 % qui frappe la dernière tranche de vos revenus. Il est écrit sur votre avis d'imposition.
Reprenons le dirigeant à 70 000 € de bénéfice, avec un droit à déduction de 10 291 €. Le résultat change du tout au tout selon sa tranche marginale d'imposition.
Tranche à 11 % : économie d'impôt de 1 132 €. L'effort réel d'épargne s'élève à 9 159 €.
Tranche à 30 % : économie d'impôt de 3 087 €. L'effort réel tombe à 7 204 €.
Tranche à 41 % : économie d'impôt de 4 219 €. L'effort réel descend à 6 072 €.
La conclusion pratique est nette. Le PER individuel devient franchement intéressant à partir de la tranche à 30 %. En dessous, l'avantage fiscal existe mais ne compense pas toujours le blocage des fonds jusqu'à la retraite, alors qu'une épargne disponible garde sa souplesse pour un restaurant qui aura besoin de trésorerie.
Il faut ajouter à ce raisonnement la comparaison entrée-sortie, que peu de commerciaux abordent spontanément. La déduction à l'entrée n'est pas un cadeau définitif : elle est un report d'imposition. À la sortie, la part correspondant aux versements déduits sera imposée. Le gain net d'un PER se joue donc sur l'écart entre votre tranche pendant l'exploitation du restaurant et votre tranche une fois à la retraite.
Si vous avez connu 41 % pendant vos années de salariat, puis 30 % en exploitant votre restaurant, puis 11 % une fois à la retraite, l'opération est franchement favorable. Pour quelqu'un dont les revenus resteront stables, l'avantage se réduit au report de trésorerie fiscale et au rendement du contrat, ce qui reste utile mais n'a pas le même poids.
Une dernière remarque de méthode : vous n'êtes pas obligé de choisir la déduction. Le PER permet de renoncer à déduire les versements, auquel cas la sortie est nettement moins taxée. Cette option a du sens pour un dirigeant faiblement imposé les premières années.
Sortie, fiscalité et déblocage anticipé : ce qu'il faut vérifier avant de signer
Le PER est un placement bloqué. Cette phrase mérite d'être prise au sérieux par quelqu'un qui va immobiliser l'essentiel de son patrimoine dans un fonds de commerce. Trois points doivent être compris avant le premier versement.
Le premier concerne la sortie à la retraite. Elle peut se faire en capital, en rente viagère ou en combinant les deux si le contrat le prévoit. Vérifiez ce dernier point contrat en main, car tous ne proposent pas la même souplesse de fractionnement.
Le deuxième concerne la fiscalité à la sortie, lorsque les versements ont été déduits à l'entrée. La sortie en capital est imposée au barème progressif de l'impôt sur le revenu pour la part correspondant aux versements. La sortie en rente est imposée selon les règles applicables aux pensions de retraite, avec l'abattement automatique de 10 %. Un point d'actualité mérite attention : depuis le 1er janvier 2026, le taux global des prélèvements sociaux applicable a été porté à 18,6 %. Ce taux vise les sommes récupérées à compter de cette date, la part concernée variant selon que la sortie se fait en rente ou en capital. Faites préciser ce point par votre conseil au moment de la liquidation, car c'est une règle récente.
Le troisième point est celui qui intéresse le plus un restaurateur : le déblocage anticipé. La loi prévoit plusieurs cas de sortie avant la retraite, dont l'acquisition de la résidence principale, l'invalidité, le décès du conjoint ou du partenaire de PACS, la fin des droits au chômage, le surendettement, ainsi que la cessation d'activité non salariée à la suite d'un jugement de liquidation judiciaire.
Ce dernier cas mérite d'être lu deux fois. Il signifie que le PER d'un dirigeant dont le restaurant est liquidé n'est pas perdu avec l'entreprise. C'est une protection réelle, qui distingue nettement l'épargne retraite d'un apport supplémentaire injecté au capital de la société. Elle plaide pour ne pas tout mettre dans le fonds de commerce, y compris quand le projet réclame de la trésorerie.
Notez enfin ce qui ne figure pas dans cette liste : le besoin de trésorerie de l'entreprise. Un exercice difficile ne permet pas de récupérer son PER. Ne financez donc jamais un versement avec de l'argent dont le restaurant pourrait avoir besoin dans les dix-huit mois.
Prévoyance et sort des contrats Madelin
La retraite est un sujet à trente ans. La prévoyance est un sujet à trois mois. Dans l'ordre des priorités d'un restaurant qui ouvre, le second passe avant le premier, ce qui est rarement la façon dont le sujet est présenté.
La prévoyance, le vrai sujet des trois premières années
Reprenons la mécanique posée en première partie. Le régime obligatoire couvre l'invalidité et le décès via une cotisation de 1,30 %, prélevée dans la limite d'un plafond annuel de la Sécurité sociale. Cette couverture existe, elle n'est pas nulle, mais elle est calibrée sur un revenu de référence et non sur vos charges réelles.
Or les charges d'un dirigeant de restaurant en reconversion sont rarement légères. Il reste souvent un crédit immobilier, parfois des études à financer et surtout la caution personnelle donnée à la banque sur l'emprunt professionnel. Cette caution ne disparaît pas parce que vous êtes hospitalisé.
Un contrat de prévoyance complémentaire répond à trois besoins distincts qu'il faut examiner séparément.
- Les indemnités journalières complémentaires, qui viennent compléter celles du régime obligatoire pour maintenir votre revenu pendant un arrêt. C'est le poste le plus utile et le moins cher.
- La rente d'invalidité, qui prend le relais lorsque l'arrêt devient définitif ou de très longue durée.
- Le capital décès, qui protège la famille et permet, dans certains montages, de solder l'emprunt professionnel.
Deux points de vigilance à la souscription valent d'être posés noir sur blanc. Le premier concerne le délai de franchise, exprimé en jours avant le début de l'indemnisation. Une franchise à 90 jours coûte nettement moins cher qu'une franchise à 15 jours, mais elle suppose de tenir trois mois sur sa trésorerie personnelle. Le second concerne les exclusions liées au métier. La restauration comporte des risques spécifiques, notamment les affections du dos et des articulations, qui sont précisément celles qui arrêtent un restaurateur. Vérifiez qu'elles sont couvertes et à quelles conditions.
Ce budget se chiffre couramment entre 80 et 250 € par mois selon l'âge, le niveau de garantie et la franchise retenue. Il a sa place dans le prévisionnel dès la première année, contrairement à l'épargne retraite qui peut attendre le premier exercice bénéficiaire.
Vous détenez déjà un Madelin : le garder, l'alimenter ou le transférer
Ce cas concerne davantage de monde qu'on ne l'imagine, notamment les personnes qui ont exercé en libéral ou dirigé une entreprise avant d'ouvrir un restaurant. Trois règles suffisent à s'orienter.
Premièrement, un contrat Madelin souscrit avant le 1er octobre 2020 reste valable. Il n'a pas été supprimé, il a seulement cessé d'être commercialisé. Vous n'avez aucune démarche obligatoire à accomplir.
Deuxièmement, vous pouvez continuer à l'alimenter si vous le souhaitez, dans les conditions du contrat d'origine. Attention toutefois : c'est là que réapparaît la contrainte de versement minimal annuel propre au Madelin, celle que le PER a supprimée. Pour une activité au résultat irrégulier comme un restaurant qui démarre, cette obligation peut devenir pesante.
Troisièmement, le transfert vers un PER individuel est possible. C'est souvent le mouvement à examiner en priorité, pour trois raisons concrètes. Le transfert fait disparaître l'obligation de versement minimal. Il ouvre la sortie en capital, là où le Madelin imposait la rente. Et il permet de regrouper l'épargne retraite sur un seul contrat, ce qui rend le suivi lisible au moment de la liquidation des droits.
Le transfert n'est pourtant pas automatiquement le bon choix. C'est ici qu'il faut être attentif. Beaucoup de vieux contrats Madelin garantissent, depuis le jour de leur signature, le taux auquel votre capital sera transformé en rente. Ces garanties ont été consenties à une époque où l'espérance de vie était plus courte et les taux plus élevés. Elles sont souvent bien meilleures que ce qui se signe aujourd'hui. Vous les perdez en transférant.
Deux questions suffisent à trancher. Posez-les à votre assureur par écrit :
- Quel taux de conversion en rente m'est garanti sur ce contrat ? Depuis quelle date ?
- Quels frais me seraient prélevés si je transférais ce contrat vers un PER ?
Avec ces deux réponses en main, la comparaison avec le PER envisagé devient lisible et la décision se prend en quelques minutes. Prenez le temps de les obtenir : un transfert se fait une fois et ne se défait pas.
Dans quel ordre s'en occuper quand on ouvre un restaurant
Reste à replacer tout cela dans le calendrier réel d'une ouverture, où la trésorerie est tendue et où chaque euro engagé compte. L'ordre qui suit reflète l'urgence décroissante des besoins, pas l'ordre dans lequel ces produits sont généralement proposés.
Avant l'ouverture, réglez la prévoyance. C'est le seul poste dont l'absence peut mettre en cause le projet entier et il est peu coûteux rapporté au risque couvert. Inscrivez-le dans le prévisionnel au même titre que l'assurance multirisque du local, dont l'article sur les assurances d'un restaurant détaille les postes.
Pendant le premier exercice, ne versez rien sur un PER. Votre bénéfice n'est pas connu, votre tranche marginale non plus et votre trésorerie a besoin de toute la souplesse disponible. Le droit à déduction n'est d'ailleurs pas perdu : les plafonds non utilisés d'une année se reportent sur les trois années suivantes, ce qui permet de rattraper un versement important une fois le résultat stabilisé.
À la clôture du premier exercice bénéficiaire, faites le calcul avec votre expert-comptable. Vous connaîtrez alors votre bénéfice imposable, donc votre plafond réel, ainsi que votre tranche marginale, donc l'économie d'impôt attendue. C'est le moment où un versement prend son sens et il peut être effectué avant le 31 décembre pour produire effet sur l'imposition de l'année.
Ensuite, calibrez le versement sur ce que l'exploitation peut réellement supporter, jamais sur le plafond disponible. Le plafond est un maximum autorisé, pas un objectif. Un dirigeant qui verse 10 000 € puis se retrouve à découvert en février a fait une opération perdante, même avec 3 000 € d'économie d'impôt à la clé.
Enfin, réexaminez le montant chaque année à la clôture. Un restaurant ne produit pas le même résultat d'un exercice à l'autre et l'absence d'obligation de versement sur le PER existe précisément pour permettre cette respiration. Utilisez-la.
À garder en tête
Le Madelin n'existe plus à la souscription depuis le 1er octobre 2020. Si on vous en propose un aujourd'hui, changez d'interlocuteur. Le produit à ouvrir est le PER individuel.
Votre plafond de déduction 2026 vaut au minimum 4 806 €. Il progresse vite au-delà de 48 060 € de bénéfice grâce à la tranche à 15 % et plafonne à 88 911 €.
La prévoyance passe avant la retraite. Trois jours de carence puis une indemnité modeste : c'est le revenu des trois premières années qu'il faut protéger en premier.
Questions fréquentes
Peut-on encore souscrire un contrat Madelin retraite en 2026 ?
Quel est le plafond de déduction du PER pour un travailleur non salarié en 2026 ?
Un gérant majoritaire de SARL cotise-t-il à une retraite complémentaire obligatoire ?
Comment sort-on d'un PER au moment de la retraite ?
Peut-on récupérer son PER avant la retraite si le restaurant ferme ?
Ne traitez pas ce sujet dans l'ordre où on vous le présentera. Un courtier vous parlera d'abord de retraite, parce que c'est le contrat le plus engageant. Commencez par la prévoyance : c'est elle qui protège votre revenu pendant les trois années où le restaurant est le plus vulnérable et elle coûte une fraction du reste.
Sur le PER, attendez votre premier exercice bénéficiaire. Vous verserez alors en connaissant votre bénéfice réel, votre plafond réel et votre tranche marginale réelle, au lieu d'estimer les trois. Les plafonds non consommés se reportent sur trois ans, donc vous ne perdez rien à patienter.
Et posez systématiquement à votre interlocuteur les deux questions qui font la différence : quel est le taux garanti si je sors en rente et quels sont les frais sur versement et sur encours. Un écart d'un point de frais annuels sur vingt ans efface une bonne partie de l'avantage fiscal que vous êtes venu chercher.
Pour aller plus loin : demandez à votre expert-comptable de calculer votre plafond de déduction sur votre propre liasse, en même temps que le bilan. Ce calcul prend quelques minutes s'il est fait au bon moment et il vous laisse jusqu'au 31 décembre pour verser.
Inscrivez votre rémunération réelle au prévisionnel
Notre outil permet de paramétrer la rémunération du dirigeant et ses cotisations, puis d'en mesurer l'effet direct sur l'excédent brut d'exploitation et sur la trésorerie des premiers mois.
Rémunération du dirigeant
Statut TNS ou assimilé salarié, chiffrez le coût réel pour l'exploitation.
Effet sur l'EBE
Voyez immédiatement ce qu'un budget prévoyance retire au résultat prévisionnel.
Dossier bancaire crédible
Un prévisionnel structuré, reconnu par les banquiers habitués aux dossiers CHR.
Export PDF et Excel
Un document prêt à présenter, sans mise en forme supplémentaire de votre part.
L'outil arrive. Soyez prévenu en premier.
L'outil est en cours de finalisation. Inscrivez-vous à la liste d'attente : vous y aurez accès en avant-première, gratuitement.
Rejoindre la liste d'attente