On prépare un business plan de restaurant en soignant le loyer, la masse salariale, le coût matières. L'énergie, elle, arrive souvent en fin de liste, estimée à la louche. C'est une erreur d'échelle : entre les fours, les chambres froides qui tournent jour et nuit, l'extraction et la climatisation, un restaurant consomme beaucoup, et la facture se rappelle vite à vous.
La bonne nouvelle, c'est que l'énergie est l'une des rares charges sur lesquelles vous gardez une réelle marge de manœuvre : le loyer est fixé au bail, les salaires par la convention, mais votre consommation dépend de vos équipements, de votre contrat et de vos habitudes. Bien cadrée dès le départ, elle se pilote.
Cet article répond à trois questions concrètes : combien prévoir dans votre prévisionnel, où part réellement cette énergie, et quels leviers actionner pour ne pas subir la note.
Puissance souscrite (kVA) : le débit maximum d'électricité que votre compteur autorise. Elle fixe le montant de votre abonnement, indépendamment de ce que vous consommez. kWh : l'unité de consommation réelle, ce que vous payez à l'usage. TURPE : le tarif d'acheminement, la part de la facture qui rémunère le transport de l'électricité jusqu'à votre compteur.
- Combien budgéter : le poids réaliste de l'énergie au chiffre d'affaires, et un ordre de grandeur en euros.
- Où part l'énergie : cuisson, froid, ventilation, chauffage, plonge, éclairage, avec des pourcentages concrets.
- Lire votre facture : abonnement, acheminement, kWh, taxes, et ce qui est vraiment négociable.
- Gaz ou électrique : le vrai match, et pourquoi l'induction change le calcul.
- Les leviers : puissance souscrite juste, heures creuses, entretien du froid, aides à la rénovation.
Combien prévoir pour l'énergie
Avant de chercher à réduire une facture, il faut savoir à quel niveau la poser dans son prévisionnel. Deux repères suffisent pour démarrer : le poids au chiffre d'affaires et la consommation à la surface.
Le poids au chiffre d'affaires : 4 à 8 %
En restauration traditionnelle, l'énergie représente le plus souvent 5 à 8 % du chiffre d'affaires HT. La cuisine longue, la plonge et le service continu tirent la consommation vers le haut. En restauration rapide, avec des fours et des friteuses qui ne s'arrêtent jamais et une extraction puissante, le ratio grimpe à 7 à 10 %.
Ce sont des ordres de grandeur en régime normal. Ils bondissent dès que les prix de l'énergie flambent : plusieurs restaurateurs ont vu ce poste dépasser 10 % de leur CA lors des pics récents. Dans un prévisionnel, mieux vaut retenir une hypothèse prudente, autour de 5 à 7 %, plutôt qu'un chiffre optimiste que la première facture d'hiver démentira.
Le bon réflexe : raisonnez toujours en pourcentage du CA, pas en montant figé. Une charge d'énergie à 6 % reste sous contrôle ; à 10 %, elle mange votre marge et mérite un audit.
La consommation à la surface et au couvert
Autre angle, utile pour recouper : la consommation électrique au mètre carré. Un restaurant traditionnel se situe en général entre 180 et 250 kWh/m² par an, avec une moyenne observée autour de 244 kWh/m². La restauration rapide, plus dense en équipements, monte à 400 à 600 kWh/m². Ramené à l'assiette, préparer un repas chaud coûte de l'ordre de 1 à 1,5 kWh d'énergie, gaz et électricité confondus.
Ces repères ne remplacent pas un devis, mais ils permettent de vérifier qu'une estimation n'est pas absurde. Une prévision à 2 % du CA pour un restaurant traditionnel, par exemple, est presque toujours sous-évaluée.
Un budget de départ, chiffré
Prenons un cas concret : un restaurant de 140 m², une cuisine mixte gaz et électricité, un chiffre d'affaires de 150 000 € HT la première année.
Soit un total énergie de l'ordre de 9 000 à 10 500 € HT par an, soit environ 6 à 7 % du chiffre d'affaires. À l'échelle, la facture d'électricité seule tourne autour de 34 000 kWh par an pour ce format.
Retenez la logique plus que les chiffres exacts : votre facture dépendra de votre surface, de vos équipements et de vos horaires d'ouverture. Mais un restaurant traditionnel de taille moyenne se budgète rarement sous 8 000 € d'énergie par an.
L'énergie est une charge fixe : elle tombe même les jours creux, même en fermeture partielle (le froid tourne). Pour la situer dans l'ensemble de vos charges de structure, voyez notre repère Combien coûte l'ouverture d'un restaurant →
Où part l'énergie dans un restaurant
Pour agir, il faut savoir où l'énergie se dépense. Voici une répartition type de la consommation électrique d'un restaurant dont le chauffage est au gaz. Ce sont des ordres de grandeur : ils varient avec vos équipements et vos horaires.
Ordres de grandeur ; la répartition varie selon les sources, vos équipements et le fait que votre chauffage soit au gaz ou électrique.
La cuisson : le poste dominant
Fours, plaques, friteuses, grills, sauteuses : la cuisson est le premier poste, de l'ordre de 30 à 40 % de la consommation électrique selon les sources. C'est aussi là que se joue le choix gaz ou électrique, sur lequel nous revenons plus bas. Un four laissé allumé entre deux services, une plaque qui chauffe à vide : c'est ici que les gaspillages coûtent le plus cher.
Le froid : celui qui ne dort jamais
Chambres froides, armoires réfrigérées, vitrines, congélateurs : le froid pèse 15 à 20 %, mais avec une particularité qui le rend décisif. Contrairement à la cuisson, il tourne 24 heures sur 24, 365 jours par an, y compris quand le restaurant est fermé. Un groupe froid mal entretenu, un joint de porte fatigué ou un condenseur encrassé consomment en silence, en permanence.
Priorité d'entretien : parce qu'il fonctionne sans interruption, le froid est le poste où l'entretien régulier rapporte le plus. Dégivrage, nettoyage des condenseurs et vérification des joints se rentabilisent seuls.
Ventilation, chauffage, plonge, éclairage
Le reste se répartit entre l'extraction et la ventilation (environ 14 %), poste obligatoire et permanent en cuisine, le chauffage et la climatisation de la salle (autour de 10 %, très variable selon la saison et l'énergie utilisée), la plonge et l'eau chaude (autour de 8 %) et l'éclairage (environ 8 %). L'éclairage paraît modeste, mais c'est l'un des postes les plus faciles à optimiser : le passage en LED divise sa consommation sans le moindre compromis sur le confort.
Lire et comprendre sa facture
Une facture d'électricité professionnelle n'est pas un prix unique. C'est un empilement de quatre briques, dont certaines se négocient et d'autres non. Les distinguer, c'est déjà savoir où agir.
L'abonnement : votre puissance souscrite
L'abonnement est un montant fixe, fonction de la puissance souscrite, exprimée en kVA. Plus elle est élevée, plus vous payez, que vous consommiez ou non. Un petit restaurant se situe le plus souvent entre 9 et 24 kVA. C'est le premier poste où l'on se fait avoir : par prudence, on souscrit trop large, et on paie chaque mois une puissance qu'on n'utilise jamais.
Le piège du surdimensionnement : une puissance souscrite trop haute gonfle l'abonnement toute l'année pour rien. Faites-la calibrer par un électricien sur vos équipements réels, puis ajustez après quelques mois d'exploitation.
L'acheminement (TURPE) : la part invisible
Le TURPE rémunère le transport de l'électricité jusqu'à votre compteur, via le réseau géré par Enedis. C'est une part lourde de la facture, souvent 40 à 50 % du total, et elle n'est pas négociable : elle est fixée par le régulateur, identique quel que soit votre fournisseur. La connaître évite une illusion : changer de fournisseur ne joue que sur une fraction de la facture, pas sur l'ensemble.
L'énergie et les taxes
La part fourniture correspond au kWh réellement consommé, c'est la seule que vous choisissez vraiment. Viennent ensuite l'accise sur l'électricité (qui a remplacé l'ancienne CSPE et les taxes locales) et la TVA à 20 % sur l'ensemble. En 2025-2026, le prix du kWh professionnel se situe autour de 0,19 à 0,22 € HT, tout compris et hors abonnement, avec des écarts selon le contrat et la volatilité du marché.
Seuls l'abonnement (via la puissance souscrite) et la part énergie (via votre contrat) dépendent de vous. L'acheminement et les taxes sont les mêmes partout.
Tarif réglementé ou offre de marché : le seuil des 36 kVA
La puissance souscrite décide aussi de vos options de contrat. En dessous de 36 kVA, une petite structure peut souvent conserver le tarif réglementé de vente (le tarif bleu professionnel), fixé par l'État. C'est le cas de la grande majorité des petits restaurants. Au-dessus de 36 kVA, vous basculez obligatoirement en offre de marché, négociée avec un fournisseur, à prix fixe, indexé ou mixte.
Ni l'un ni l'autre n'est meilleur dans l'absolu : le tarif réglementé apporte de la stabilité, l'offre de marché peut être plus intéressante quand les prix sont bas, mais elle expose davantage à la volatilité. Le bon choix dépend de votre appétit pour le risque et du moment où vous signez.
Les leviers pour maîtriser la note
L'énergie se pilote sur trois terrains : le contrat, les équipements et les habitudes. Voici les actions qui rapportent, de la plus rapide à la plus structurante.
Caler sa puissance souscrite et jouer les heures creuses
Deux réglages de contrat, sans le moindre investissement. D'abord, ramener la puissance souscrite à son juste niveau allège l'abonnement toute l'année. Ensuite, une option heures creuses permet de payer le kWh 30 à 40 % moins cher la nuit et souvent le dimanche.
- La descente en froid des chambres froides et la production de glace.
- Les cycles de lave-vaisselle et de nettoyage programmables.
- La production d'eau chaude, si vous disposez d'un ballon.
Équiper juste : induction, LED, récupération de chaleur
C'est sur les équipements que se gagnent les économies durables. L'induction affiche un rendement supérieur à 90 %, contre 40 à 50 % pour le gaz : elle chauffe l'instant, précisément, et ne réchauffe pas la cuisine, ce qui allège d'autant la climatisation. L'éclairage LED divise la consommation lumineuse par trois ou quatre. Sur les gros débits d'eau chaude ou les groupes froids, la récupération de chaleur préchauffe l'eau gratuitement.
Ces choix se décident au moment de l'aménagement, quand ils ne coûtent presque rien de plus qu'un équipement classique. Les intégrer dans votre budget d'investissement de départ évite d'avoir à les rattraper plus tard, à prix fort.
Entretenir le froid et la ventilation
Parce qu'ils tournent en continu, le froid et la ventilation sont les postes où le laisser-aller coûte le plus. Un condenseur encrassé, un joint de porte usé, un filtre d'extraction saturé font grimper la consommation sans que rien ne se voie. Un entretien régulier, planifié, se rentabilise seul et prolonge la durée de vie du matériel.
Le geste qui compte : relevez vos compteurs chaque semaine et affichez la consommation en cuisine. Rien ne responsabilise mieux une équipe qu'un chiffre visible qui monte ou qui baisse.
Utiliser les aides et renégocier
Les certificats d'économie d'énergie (CEE) permettent de financer une partie de vos travaux d'efficacité énergétique (isolation de chambre froide, éclairage LED, équipements performants) via les fournisseurs d'énergie, tenus par la loi de soutenir ces économies. Renseignez-vous avant d'engager des travaux, pas après : l'aide se demande en amont.
Enfin, un contrat d'énergie n'est pas gravé dans le marbre. Renégociez tous les deux à trois ans, ou faites appel à un courtier en énergie qui met les fournisseurs en concurrence pour vous. Sur une facture à cinq chiffres, quelques points de pourcentage représentent vite plusieurs centaines d'euros par an.
À garder en tête
Budgétez 5 à 7 % du CA, jamais 2 %. L'énergie est une charge fixe lourde en restauration. La sous-estimer, c'est fausser sa marge dès la première année.
Le froid ne dort jamais. Il tourne 24 h/24, y compris portes fermées. C'est le poste où l'entretien régulier rapporte le plus, sans investissement.
Décidez vos équipements à l'aménagement. Induction, LED, puissance souscrite juste : ces choix ne coûtent presque rien au départ et se paient très cher à rattraper ensuite.
Questions fréquentes
Combien représente l'énergie dans le budget d'un restaurant ?
Faut-il une cuisine au gaz ou à l'électricité ?
Quelle puissance électrique souscrire pour un restaurant ?
Un restaurant peut-il encore bénéficier du tarif réglementé ?
L'énergie, on ne la découvre pas à la première facture d'hiver, on la cadre au moment du projet. Mettez-la à 6 % du chiffre d'affaires dans votre prévisionnel, pas 2 %. C'est un poste fixe, il tombe même les jours creux, et le sous-estimer fausse votre marge dès le départ.
Ensuite, jouez sur ce que vous maîtrisez vraiment : une puissance souscrite calibrée, une option heures creuses, de l'induction et de la LED décidées dès l'aménagement, et un entretien du froid qui ne se néglige jamais. Ce sont des gains durables, pas des coups de rabot ponctuels.
Et gardez en tête l'ordre des priorités : la cuisson et le froid font plus de la moitié de la facture. C'est là qu'il faut porter l'attention, avant de traquer les watts de l'éclairage.
Pour aller plus loin : suivez votre consommation mois par mois, comme n'importe quelle charge de structure. Un poste d'énergie qui dérive est souvent le premier signe d'un équipement fatigué ou d'un contrat à renégocier.
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