Revenus

Taux de TVA en restauration : 10, 5,5 ou 20 % et ce que vous reversez

Sur chaque addition, une part appartient à l'État. On voit à quoi correspond la TVA collectée, quels taux s'appliquent à un restaurant, comment la calculer et pourquoi ce n'est pas du revenu.

Florian AstierPar Florian Astier
Publié le 3 juin 2026
10 min de lecture
Mis à jour juin 2026
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Quand un client paie son addition, vous encaissez la totalité du montant. Mais une partie de cette somme ne vous a jamais appartenu : c'est la TVA, que vous collectez pour le compte de l'État avant de la lui reverser. En restauration, elle se compte vite en milliers d'euros par mois.

Beaucoup de porteurs de projet la confondent avec leur chiffre d'affaires et donc avec leur marge. C'est une erreur de lecture qui coûte cher. Votre chiffre d'affaires se mesure hors taxes ; la TVA collectée s'ajoute par-dessus et ne fait que transiter par votre compte. Voyons à quoi elle correspond, quels taux s'appliquent à un restaurant et comment ne pas se tromper.

TVA collectée : la taxe que vous encaissez sur vos ventes, pour le compte de l'État. HT : hors taxes, votre vrai chiffre d'affaires. TTC : toutes taxes comprises, le prix payé par le client (HT + TVA).

Ce que vous saurez à la fin de cet article
  • À quoi correspond la TVA collectée : pourquoi ce n'est pas du revenu, mais une dette envers l'État.
  • Les taux en restauration : 10 %, 5,5 %, 20 % (et le cas sans TVA) et quand chacun s'applique.
  • Comment la calculer : retrouver la TVA dans un prix TTC, simplement.
  • Les conséquences d'un mauvais taux : rappel, intérêts et majorations, dans les deux sens.
  • La règle d'or : ne jamais dépenser cet argent qui n'est pas le vôtre.
Partie 01

Ce que vous encaissez n'est pas ce que vous gagnez

La première chose à intégrer, c'est la différence entre le prix payé par le client et votre vrai chiffre d'affaires. Entre les deux, il y a la TVA.

01

La TVA collectée est une dette, pas un produit

Sur chaque vente, vous ajoutez de la TVA au prix hors taxes. Le client la paie, vous l'encaissez, puis vous la reversez à l'État. À aucun moment elle ne devient votre argent : vous n'êtes qu'un intermédiaire collecteur. Comptablement, elle n'apparaît même pas dans votre chiffre d'affaires, qui se mesure toujours hors taxes.

Prenons un menu affiché 22 € TTC, au taux de 10 %. Le client paie 22 €, mais votre chiffre d'affaires est de 20 € HT. Les 2 € restants sont de la TVA collectée : ils transitent par votre caisse, sans jamais vous appartenir.

Le piège : raisonner en TTC et croire qu'on a encaissé 22 € de recette. On a fait 20 € de chiffre d'affaires et gardé 2 € qui partiront chez l'État. Confondre les deux, c'est surestimer sa marge dès le premier jour.

02

Vous ne reversez que la différence : collectée moins déductible

Bonne nouvelle : vous ne reversez pas toute la TVA collectée. Sur vos achats (matières premières, énergie, matériel), vous payez vous aussi de la TVA, dite déductible, que vous récupérez. À l'échéance, vous ne versez que l'écart : TVA collectée moins TVA déductible.

Mais ce mécanisme ne change rien au principe : la TVA collectée que vous gardez en attendant l'échéance n'est pas à vous. Le détail du choix de régime, des seuils et de la franchise en base se joue ailleurs : c'est le sujet de notre guide quel régime de TVA choisir pour son restaurant.

Partie 02

Les taux de TVA en restauration

Un restaurant ne facture pas un taux unique. Selon ce que vous vendez et comment, plusieurs taux cohabitent sur la même addition.

03

Trois taux principaux, plus un cas particulier

Voici les taux que vous croiserez, ceux-là mêmes que vous paramétrez par famille de produits dans un prévisionnel sérieux :

Les taux à connaître
  • 10 % : la nourriture et les boissons sans alcool consommées sur place ou à emporter pour une consommation immédiate. C'est le taux de la restauration au sens classique.
  • 20 % : toutes les boissons alcoolisées (vin, bière, spiritueux), sur place comme à emporter. Le taux normal.
  • 5,5 % : les produits alimentaires vendus à emporter dans un conditionnement permettant leur conservation (vente « épicerie », bocaux, conserves). La consommation est différée, pas immédiate.
  • Pas de TVA du tout : en franchise en base ou pour une activité exonérée, vous ne facturez aucune TVA. Attention, ce n'est pas un « taux à 0 % » au sens fiscal, c'est une dispense de facturation.

La logique de fond : consommation immédiate sur place ou à emporter, c'est 10 % ; alcool, c'est 20 % ; produit que le client emporte pour plus tard et qui se conserve, c'est 5,5 %.

Le bon réflexe : paramétrer correctement le taux par famille de produits dès l'ouverture (nourriture, boissons, vente à emporter). Une caisse mal réglée fausse la TVA reversée et l'erreur se rattrape mal.

04

Plusieurs taux sur une seule table

Concrètement, une table qui commande un plat et un verre de vin génère du 10 % sur le plat et du 20 % sur le vin, sur la même addition. C'est pour ça que votre TVA collectée n'est jamais un simple pourcentage de votre chiffre d'affaires total : elle dépend de la répartition entre vos familles de produits.

Un restaurant qui vend beaucoup d'alcool reverse proportionnellement plus de TVA qu'un salon de thé. C'est une raison de plus pour bien ventiler vos revenus par type de produit dans votre prévisionnel, plutôt que de raisonner sur un taux moyen approximatif.

Partie 03

Quand le taux est faux : les conséquences

Se tromper de taux n'est jamais neutre. Que l'erreur joue en votre faveur ou en celle de l'État, elle finit par vous coûter, sur le plan financier comme sur le plan légal.

05

Taux trop bas : vous paierez la différence, sur votre marge

Appliquer 10 % là où il fallait 20 % (le cas classique sur l'alcool), c'est sous-collecter la TVA. Sur le moment, la trésorerie paraît plus à l'aise. En réalité, vous devez toujours la TVA correcte à l'État : vous avez simplement oublié de la mettre de côté.

Le jour d'un contrôle fiscal, l'administration recalcule la TVA due et vous réclame le manque sur les années non prescrites, en général les trois dernières. Comme vous ne pouvez pas retourner voir vos clients pour leur facturer le complément, vous payez ce rappel sur votre propre marge. Une simple erreur de paramétrage répétée deux ou trois ans peut représenter une somme lourde.

Le piège : croire qu'un taux trop bas « passe inaperçu ». La ventilation des taux est précisément ce que vérifie un contrôle en restauration, où la frontière entre alcool et nourriture est nette.

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Taux trop élevé : vous n'y gagnez rien, vous y perdez

L'erreur inverse semble « sans risque » : facturer 20 % là où 10 % suffisait. Sauf qu'une règle fiscale est sans appel : toute TVA mentionnée sur une note est due à l'État. Vous avez facturé 20 %, vous reversez 20 %. Le surplus ne reste jamais dans votre poche.

Conséquence : soit vous avez vendu plus cher que nécessaire et perdu en compétitivité, soit vous avez absorbé l'écart et rogné votre marge. Et régulariser oblige à éditer des avoirs et à corriger vos déclarations, une procédure fastidieuse. Dans les deux sens, l'erreur se paie.

07

Le volet légal : intérêts de retard et majorations

Au-delà du rappel de TVA lui-même, un redressement s'accompagne de pénalités. En pratique : des intérêts de retard (de l'ordre de 0,20 % par mois) et une majoration qui va de 10 % pour une erreur de bonne foi à 40 % en cas de manquement délibéré, voire 80 % en cas de manœuvres frauduleuses.

Autrement dit, la bonne foi change tout. Une erreur honnête, corrigée dès qu'elle est repérée, reste gérable. Un mauvais taux maintenu sciemment pour gonfler sa trésorerie bascule dans une tout autre catégorie. Au moindre doute sur la ventilation de vos taux, faites le point avec votre expert-comptable plutôt que de laisser courir.

Le bon réflexe : verrouiller la ventilation des taux dans la caisse dès l'ouverture et la faire valider par votre expert-comptable. Quelques minutes qui évitent un rappel sur trois ans.

Partie 04

Calcul, échéance et la règle d'or

Pas besoin d'être fiscaliste. Quelques repères simples suffisent pour savoir combien vous collectez, quand vous le reversez et surtout quoi en faire entre-temps : rien.

08

Retrouver la TVA dans un prix TTC

Si vous partez d'un prix hors taxes, la TVA collectée se calcule simplement : prix HT multiplié par le taux. Un plat à 20 € HT au taux de 10 % porte 2 € de TVA.

Si vous partez du prix TTC affiché (le cas le plus courant en restauration), il faut extraire la TVA qu'il contient :

La TVA contenue dans un prix TTC
  • Au taux de 10 % : TVA = TTC × 10 / 110 (environ un onzième du prix). Un menu à 22 € TTC contient 2 € de TVA.
  • Au taux de 20 % : TVA = TTC × 20 / 120. Un verre de vin à 6 € TTC contient 1 € de TVA.
  • Au taux de 5,5 % : TVA = TTC × 5,5 / 105,5.

Votre logiciel de caisse fait ce calcul automatiquement, mais comprendre la mécanique vous évite de prendre votre encaissement TTC pour votre chiffre d'affaires.

09

L'échéance : autour du 24 du mois suivant

Si vous êtes au réel normal mensuel (le régime que nous recommandons), vous déclarez et reversez la TVA tous les mois, autour du 24, pour le mois écoulé. La TVA de janvier se règle vers le 24 février. Le rythme est court, prévisible et facile à inscrire dans votre prévisionnel de trésorerie.

Cette échéance régulière sort une grosse somme à date fixe, en même temps que les cotisations sociales. Elle pèse directement sur votre besoin en fonds de roulement et doit être anticipée, sous peine de se retrouver à sec en milieu de mois. Pour le choix du rythme de déclaration, voir notre guide sur le régime de TVA.

Le piège : au régime simplifié, laisser la TVA s'accumuler plusieurs mois sur le compte. Plus la somme grossit, plus elle ressemble à de la trésorerie disponible et plus la tentation d'y puiser est forte.

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La règle d'or : n'y touchez pas

C'est le seul vrai conseil de cet article et le plus important : ne dépensez jamais la TVA collectée. Cet argent n'appartient pas à l'entreprise. Le jour où une grosse facture tombe, où un mois est creux, où un imprévu surgit, cette somme est là, sur le compte, disponible. On y touche « juste le temps de ». Puis l'échéance arrive et le trou est béant.

Le réflexe sain : considérer la TVA collectée comme une somme qui ne vous appartient pas et idéalement l'isoler. Certains restaurateurs la mettent de côté sur un compte séparé chaque semaine. Le réel mensuel, en sortant la dette à intervalle court, vous protège déjà beaucoup de cette tentation.

Le bon réflexe : piloter sa trésorerie sur le solde réel, TVA collectée déduite. Un bon prévisionnel affiche votre vrai disponible, pas un solde gonflé par l'argent de l'État.

À garder en tête

1

La TVA collectée n'est pas du revenu. Votre chiffre d'affaires est hors taxes ; la TVA ne fait que transiter par votre caisse.

2

Plusieurs taux cohabitent. 10 % sur la restauration, 20 % sur l'alcool, 5,5 % sur la vente à emporter conservable. Votre TVA dépend de votre mix produits.

3

N'y touchez jamais. C'est l'argent de l'État. Au réel mensuel, il part vers le 24 du mois suivant : anticipez l'échéance, ne la subissez pas.

Questions fréquentes

La TVA collectée fait-elle partie de mon chiffre d'affaires ?
Non. Le chiffre d'affaires se mesure hors taxes (HT). La TVA collectée s'ajoute par-dessus, dans le prix payé par le client (TTC), mais elle ne vous appartient pas : vous l'encaissez pour le compte de l'État avant de la reverser. La confondre avec votre revenu, c'est surestimer votre marge.
Quels taux de TVA s'appliquent dans un restaurant ?
La nourriture et les boissons sans alcool consommées sur place ou à emporter à consommation immédiate sont à 10 %. Les boissons alcoolisées sont à 20 %. Les produits alimentaires vendus à emporter dans un conditionnement permettant leur conservation relèvent du taux réduit de 5,5 %. Un restaurant facture donc plusieurs taux en même temps.
Comment calculer la TVA collectée à partir d'un prix TTC ?
Pour un taux de 10 %, la TVA contenue dans un prix TTC vaut le TTC multiplié par 10/110 (soit environ un onzième). Un menu vendu 22 € TTC contient 2 € de TVA et 20 € de chiffre d'affaires HT. Pour un alcool à 20 %, la TVA vaut le TTC multiplié par 20/120 : un verre à 6 € TTC contient 1 € de TVA.
Que risque un restaurant en cas de mauvais taux de TVA ?
Un taux trop bas conduit, en cas de contrôle fiscal, à un rappel de TVA sur les années non prescrites (en général trois ans), payé sur la marge de l'entreprise, augmenté d'intérêts de retard et de majorations allant de 10 à 80 % selon la bonne ou la mauvaise foi. Un taux trop élevé ne profite pas davantage : toute TVA facturée est due à l'État, le surplus n'est jamais conservé et l'entreprise y perd en compétitivité ou en marge.
Ma recommandation
Florian Astier
Florian Astier
Expert en gestion de la restauration

Si je dois retenir une seule chose : traitez la TVA collectée comme un dépôt que vous gardez pour quelqu'un d'autre. Ce n'est pas votre argent et la dépenser, même temporairement, est la porte d'entrée vers les vraies difficultés de trésorerie.

Concrètement : raisonnez toujours en hors taxes pour mesurer votre chiffre d'affaires et votre marge, ventilez vos taux par famille de produits dès l'ouverture et inscrivez l'échéance du 24 dans votre prévisionnel. Le mieux étant de mettre cette TVA de côté au fil de l'eau, pour ne jamais avoir à vous demander si vous pourrez payer.

L'outil business plan

Ventilez vos taux de TVA dans votre prévisionnel

La TVA collectée dépend de votre mix produits et pèse sur votre trésorerie. Notre outil l'intègre par famille de revenus, avec les vrais taux de la restauration.

Taux de TVA par produit

10 %, 5,5 % ou 20 % ventilés sur vos familles de revenus.

Trésorerie mois par mois

TVA reversée incluse, pour un solde bancaire réaliste.

Ratios CHR intégrés

Coût matières, masse salariale, loyer : pré-remplis et modifiables.

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