Dès que vous servez une boisson contre paiement, vous devenez un débit de boissons aux yeux de la loi. Un verre de vin au déjeuner, une bière en terrasse, un digestif en fin de repas : chacun relève d'une autorisation précise, et la bonne licence dépend autant de ce que vous servez que du moment où vous le servez.
Le sujet a la réputation d'être un labyrinthe administratif. Il l'est un peu, mais la logique tient en quelques règles claires. Une fois que vous savez classer vos boissons et choisir entre licence restaurant et licence de débit, le reste n'est que démarches. Voyons ça dans l'ordre.
Débit de boissons : tout établissement qui vend des boissons à consommer sur place ou à emporter. Licence : l'autorisation qui dépend des boissons servies. Permis d'exploitation : la formation obligatoire de l'exploitant, distincte de la licence.
- Quelle licence pour quelle activité : sur place, à emporter ou restauration.
- Les groupes de boissons : ce que III et IV autorisent vraiment.
- Le permis d'exploitation : formation, durée, déclaration en mairie.
- Obtenir sa licence : créer, racheter, transférer, et les prix réels.
Quelle licence pour quelle activité
Avant de parler de licence III ou IV, la première question est plus simple : vendez-vous de l'alcool pendant les repas, à toute heure, ou à emporter ? La réponse oriente vers trois familles de licences.
De l'alcool pendant les repas : la licence restaurant
C'est le cas le plus courant. Si vous servez de l'alcool uniquement à l'occasion des repas, comme accessoire de la nourriture, la licence restaurant suffit. Elle existe en deux niveaux :
- Petite licence restaurant : vin, bière, cidre et apéritifs à moins de 18 degrés (groupe 3). Parfaite si vous ne servez ni spiritueux ni digestifs forts.
- Licence restaurant : tous les alcools, spiritueux et digestifs compris (groupes 3, 4 et 5). Le choix d'un restaurant qui propose une carte complète.
Gros avantage : les licences restaurant ne sont pas soumises aux zones protégées (autour des écoles, hôpitaux, stades) qui contraignent les bars. Pour un restaurant classique, c'est la voie la plus simple.
Le bon réflexe : si l'alcool n'est servi qu'à table, avec un plat, restez sur une licence restaurant. Vous évitez les contraintes des licences de débit.
De l'alcool à toute heure : la licence III ou IV
Si vous voulez servir de l'alcool en dehors des repas, par exemple un bar, un apéritif sans nourriture, un café qui sert des bières l'après-midi, il vous faut une vraie licence de débit de boissons à consommer sur place :
- Licence III (dite « licence restreinte ») : vin, bière, cidre, apéritifs à moins de 18 degrés (groupe 3), sans les spiritueux.
- Licence IV (dite « grande licence ») : tous les alcools, spiritueux compris. C'est la seule à tout autoriser, et la plus difficile à obtenir.
Ces licences, elles, sont soumises aux zones protégées et au quota de débits par commune. Un projet de bar à cocktails passe donc forcément par une licence IV, avec les contraintes qui vont avec.
De l'alcool à emporter : la licence à emporter
Si vous vendez des bouteilles à emporter (cave, épicerie fine, vente en click and collect), c'est encore une autre autorisation. La petite licence à emporter couvre le groupe 3 (vin, bière, cidre), la licence à emporter couvre tous les alcools. Un restaurant qui vend aussi quelques bouteilles à emporter doit y penser.
Le piège : croire qu'une licence couvre tous les usages. Consommer sur place, à emporter et au restaurant sont trois régimes distincts. Un même établissement peut avoir besoin de cumuler plusieurs autorisations.
Les groupes de boissons, ce que chaque licence autorise
Toute la logique repose sur un classement des boissons en groupes. Une licence n'autorise pas des produits, elle autorise des groupes. Comprenez les groupes, vous comprenez les licences.
Les quatre groupes à connaître
Depuis la simplification de 2016, on retient quatre groupes utiles :
- Groupe 1 : boissons sans alcool. Eau, jus de fruits, sodas, café, thé, lait. Aucune licence n'est requise pour les servir seules.
- Groupe 3 : boissons fermentées non distillées et apéritifs à moins de 18 degrés. Vin, bière, cidre, poiré, vins doux, crème de cassis.
- Groupe 4 : rhums, tafias, alcools issus de la distillation de vins, cidres ou fruits (cognac, armagnac, calvados).
- Groupe 5 : tous les autres alcools, c'est-à-dire whisky, vodka, gin, pastis, téquila et liqueurs.
L'ancien groupe 2 a été fondu dans le groupe 1, et le groupe 1 ne nécessite plus de licence depuis 2011. Retenez surtout la frontière qui compte : le groupe 3 (vin, bière) d'un côté, les spiritueux des groupes 4 et 5 de l'autre.
Le tableau qui résume tout
En croisant les groupes et les licences, voici ce que vous pouvez servir :
- Licence III ou petite licence restaurant : groupes 1 et 3. Donc sans alcool, vin, bière, cidre. Pas de spiritueux.
- Licence IV ou licence restaurant : groupes 1, 3, 4 et 5. Tout, spiritueux compris.
La question pratique se résume donc souvent à une seule : aurez-vous besoin de servir des spiritueux ? Si oui, il vous faut une licence IV (au bar) ou une licence restaurant complète (à table). Si non, une licence III ou une petite licence restaurant suffit, et elle est bien plus facile à obtenir.
Le bon réflexe : calez votre carte des boissons avant de choisir la licence. Un seul digestif au cognac vous fait basculer dans le groupe 4, donc dans la licence supérieure.
Le permis d'exploitation et les démarches
La licence autorise l'établissement, le permis d'exploitation forme la personne. Les deux sont distincts, et le permis vient en premier. Voici l'enchaînement à respecter.
Le permis d'exploitation, une formation obligatoire
Avant d'ouvrir, l'exploitant doit suivre une formation au permis d'exploitation : environ 20 heures sur deux jours et demi, en présentiel, auprès d'un organisme agréé. Elle couvre la réglementation, la responsabilité de l'exploitant, la protection des mineurs et la lutte contre l'alcoolisme.
Ce permis est valable 10 ans. Au-delà, il se renouvelle par une formation courte d'environ 6 heures. C'est une obligation personnelle : si vous changez d'exploitant, la nouvelle personne doit l'avoir.
Le piège : s'y prendre trop tard. La formation se réserve à l'avance et bloque deux jours et demi. Intégrez-la tôt dans votre rétroplanning d'ouverture.
La déclaration en mairie, au moins 15 jours avant
Une fois le permis en poche, vous déclarez l'ouverture de votre débit en mairie (à la préfecture de police à Paris), au moins 15 jours avant l'ouverture. On vous remet un récépissé qui vaut preuve de votre licence. La même déclaration s'impose en cas de mutation (changement d'exploitant), de translation (déménagement) ou de transfert.
Côté conditions, l'exploitant doit être majeur ou mineur émancipé, ne pas être sous tutelle, et ne pas avoir certaines condamnations pénales qui interdisent d'exploiter un débit de boissons.
Quotas, zones protégées et affichages
Pour les licences III et IV (pas les licences restaurant), deux limites existent. Le quota : en principe un débit pour 450 habitants par commune, ce qui gèle souvent la création de nouvelles licences. Les zones protégées : interdiction de s'installer à une certaine distance des établissements scolaires, hôpitaux et stades, distance fixée par arrêté préfectoral.
Une fois ouvert, vous devez afficher en salle les protections légales (interdiction de vente aux mineurs, répression de l'ivresse publique), la licence, ainsi que les prix des boissons. Ce sont des contrôles classiques.
Le bon réflexe : avant de signer un bail, vérifiez en mairie qu'aucune zone protégée ne grève l'adresse pour la licence visée. Cela peut condamner un emplacement. Ce point rejoint la lecture attentive du bail commercial.
Obtenir sa licence : créer, racheter, transférer
Sur le papier, créer une licence est gratuit. En pratique, certaines licences sont devenues des biens qui se rachètent, parfois cher. Voici comment l'obtenir selon votre cas.
Créer ou racheter, selon la licence
La création administrative d'une licence est gratuite. Mais à cause du quota, on ne peut quasiment plus créer de licence IV : il faut en racheter une existante, par mutation. C'est ce qui explique son prix sur le marché. Une licence III est souvent plus simple à créer ou à reprendre.
- Licence III et petites licences : souvent de 500 à 1 500 € à la reprise.
- Licence IV : de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros, selon la rareté locale.
Quand vous reprenez un fonds de commerce, la licence est en général comprise dans la vente. C'est un point à vérifier noir sur blanc, car une licence IV représente une part non négligeable de la valeur du fonds.
Le piège : acheter un fonds en croyant la licence IV incluse, puis découvrir qu'elle a été vendue à part ou qu'elle est périmée. Faites-le préciser dans l'acte.
Transférer et ne pas la laisser périmer
Une licence peut se transférer dans le même département avec l'accord du préfet. Le transfert vers un département limitrophe est plus encadré, avec un délai de plusieurs années entre deux opérations. Le silence de l'administration au-delà de deux mois vaut en principe accord.
Attention à la péremption : une licence dont l'exploitation cesse volontairement est annulée au bout de 5 ans. Une licence IV laissée dormante trop longtemps disparaît, et avec elle sa valeur. Si vous en détenez une que vous n'exploitez pas encore, ne la laissez pas s'éteindre.
Le bon réflexe : traiter la licence comme un actif à part entière dans votre budget d'ouverture. Son coût et sa disponibilité peuvent peser autant qu'un poste de travaux.
À garder en tête
La licence dépend des boissons et du moment. Alcool à table seulement : licence restaurant. Alcool à toute heure : licence III ou IV. À emporter : licence dédiée.
La vraie frontière, ce sont les spiritueux. Sans eux, une licence III ou petite licence restaurant suffit. Avec eux, il faut une licence IV ou licence restaurant complète.
Le permis d'exploitation vient avant la licence. Formation de deux jours et demi, valable 10 ans, puis déclaration en mairie 15 jours avant l'ouverture.
Questions fréquentes
Quelle licence faut-il pour servir de l'alcool dans un restaurant ?
Quelle est la différence entre une licence III et une licence IV ?
Le permis d'exploitation est-il obligatoire ?
Combien coûte une licence IV ?
Si vous ouvrez un restaurant classique où l'alcool accompagne les plats, ne vous compliquez pas la vie avec une licence IV. Une licence restaurant, complète si vous proposez des digestifs, suffit dans l'immense majorité des cas, et elle échappe aux zones protégées.
Gardez la licence IV pour un vrai projet de bar, et anticipez-la très tôt : entre le rachat, le prix et les contraintes d'emplacement, c'est un sujet qui se traite avant même de signer le bail. Et dans tous les cas, calez votre permis d'exploitation dès le début du projet, c'est le maillon qu'on oublie le plus.
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